Κρήτη (première manche)

lun, 24/09/2018 - 15:35 -- Nicolas-O

(Votre attention s’il vous plaît. Vous êtes sur le point de lire un récit inspiré par une certaine réalité encore à prouver.)

C’est l’arrivée de nuit dans une tiédeur accueillante. Entre perdus et convaincus, entassés à quatre dans un taxi avec le coffre ainsi que leurs genoux encombrés de sacs et de valises divers. La course rapide jusqu’au centre, rythmée par de la musique approximativement techno-électronique. C’est le contraste frappant avec le réceptionniste et ses gestes méticuleux, qui auraient été léthargiques s’ils n’avaient été accompagnés d’un sourire tout aussi accueillant.

Ce sont les premières surprises (une glace au petit-déjeuner, des prix qui doublent miraculeusement et douloureusement à l’approche), et le bain dans une signalétique obscure et hermétique jusqu’à ce qu’un effort curieux ne craque très légèrement ce code à la fois très éloigné et très proche de ses biens connus alphabets latins, japonais, ou arabes.

C’est aussi le début de l’Aventure (que ceux qui rient… rient), les trajets en voiture avec des inconnus tous plus différents les uns des autres… mais le sont-ils vraiment ? Avec plus ou moins de succès, de conversation, de temps, d’espace, d’échange, d’affinités… Des trajets de 2 heures faits en 6 heures, et que de vie reçue dans ces quatre heures supplémentaires !

Viennent aussi les bus. Presque rien de nouveau sous le soleil (brûlant, le soleil). Ce serait sans compter le relief. Fabuleux relief, autorisant une vue plongeante sur la côte, les oliviers, les petits villages, les gorges. Mais également sur ses propres craintes quant au dévallement (oui) à pic de la montagne escaladée à dos d’engin motorisé. Dans la liste des gestes réflexes liés à une situation de ce type, vous pouvez cocher : s’agripper au voisin, fermer les yeux, tenter de somnoler (échec le plus cuisant), se pencher du côté le plus sûr (reste à prouver, mais peut-être vaguement inefficace), regarder par l’autre fenêtre, respirer fort et lâcher prise.

C’est également une foule de questions qui se posent, toutes plus pressantes les unes que les autres : maintenant qu’ils sont partis, où vont-ils ? Comment ? Pourquoi ? Avec quels moyens ? De quelle manière ? Dans quel but ? Quelles sont leurs priorités ? (Il vous semblent avoir déjà répondu à ces questions ? Certes oui, mais tout cela, c’était avant. Rien de tel que se de reposer les fondamentaux.)

Si l’on en croit le calendrier, telle qu’elle s’assied aujourd’hui devant l’écran, un peu plus d’une semaine s’est écoulée depuis qu’au contrôle de sécurité à Bruxelles, ils ont respectivement cru perdre une boucle d’oreille, un portefeuille et leur calme. Si l’on en croit ses perceptions, il aurait pu se passer un mois, de la même manière qu’elles semblent nager des heures entières à Matala avant d’arriver au flotteur où elles accrochent leurs bouées (selon des estimations moins personnelles – n’allons pas jusqu’à dire objectives -, ce temps se compterait davantage en minutes).

Ils expérimentent ainsi un autre type de jeu coopératif : l’organisation de l’espace-temps. Jongler avec tous les moyens de transports possibles, toutes les possibilités d’hébergement, les rendez-vous (à la fois lointains et incroyablement proches), les tarifs, les connexions… Un labyrinthe dans lequel ils tentent de tisser un solide fil d’Ariadne pour ne pas avoir l’ironique résultat de passer la majorité de leur temps à préparer le lendemain.

Et la pensée qui l’a attrapée le soir au coucher : réalise-t-elle qu’elle ne rentrera pas chez elle dans deux semaines, dans un mois ?

(Photo: jeu retrouvé par le plus beau des hasard au palais de Cnossos, à peu près dans les environs de 1450 av. JC. A vous de trouver les règles)