Les Turcs, ceux qui regardent avec le cœur…

mer, 13/03/2019 - 07:25 -- Nicolas-O

Aah, la Turquie… On en garde un goût de la maison, un lieu où on se sent chez soi, un endroit où l’on voudrait vivre tellement la bienveillance de ses habitants est grande, un endroit où on reviendra !

Hernan me raconte qu’ici, le mensonge et le vol sont extrêmement grave d’un point de vue éthique et que très peu de gens le font en dehors des énormes villes, influencées par l’occident. Cela explique quelques situations qui pour nous, paraissent lunaires comme de découvrir un bus, ouvert aux quatre vents, plein de monnaie sur le tableau de bord, les clés sur le contact et laissé seul en attendant l’heure de son départ ou encore les échoppes fermées avec juste un tissu sur les articles en guise de rideau de fer.

De Mersin à la Cappadoce, d’Izmir à Antalya, de Konya à Ayvalik, chacune de nos rencontres nous invite un peu plus à nous sentir en toute quiétude. Accueillis comme des invités dans leur pays, la moindre rencontre, fut-elle dans la rue, est prétexte à un nouvel échange. On attrape un regard, et la poignée de main y succède naturellement, comme si c’était une évidence. Les deux questions qui surviennent immédiatement, d’où venez vous ? et comment vous appelez vous ? La langue est souvent une grande barrière et ces deux questions sont les seules qui trouveront une réponse avec, bien sûr,  un sourire franc et les yeux remplis de sincérité.

Le simple fait d’être dans la rue en train de chercher son chemin nous ouvre les portes d’une nouvelle rencontre. Comme si c’était un jeu, nos interlocuteurs cherchent à tout prix à connaitre nos intentions, allant même jusqu’à arrêter plusieurs chalands pour confirmer leur pensée et, bien entendu, nous amener par la main à trouver notre destination.

L’une de ces rencontres illustre parfaitement l’envie de bien faire de façon désintéressée. Nous attendions un bus, arrêtant tous ceux qui passent afin de vérifier que ce n’est pas celui-là. Un homme s’arrête près de nous, nous demande où nous allons et nous fait comprendre que tout va bien se passer, il s’occupe de nous. Nous patientons tous, silencieux, pendant une quinzaine de minute laissant libre cours à nos questionnements inquiets (est ce qu’on est sûr qu’on a bien compris ? Où va-t-on se retrouver ? Ca commence à être long... est ce que ce bus passe vraiment ici ?) lorsque le fameux bus arrive. Notre sauveur l’arrête alors, échange quelques mots avec le conducteur (on en a déduit qu’il devait lui dire où nous allions, combien cela coutait et de nous prévenir lors de notre arrivée) et nous invite à nous installer à l’intérieur en nous indiquant le prix. Nous le remercions chaleureusement mais à peine avons nous mis le pied dans le bus qu’il s’est déjà retourné pour partir vers sa destination initiale, levant la main négligemment en signe d’au revoir.

Ou encore, lors d’une arrivée en solo dans une nouvelle bourgade, je décide d’entrer dans le premier café venu, en plein centre du village.
À peine passé la porte, comme si j’étais phosphorescent, les regards se tournent vers moi. Une trentaine de locaux se trouvent assis à une dizaine de table. Tous avec leur traditionnel thé et chaque table disposant de son jeu : le Okey pour les unes, le backgammon pour les autres et même des mots croisés pour l’occasion transformés en jeu coopératif.
Je me fais immédiatement interpeller et inviter à une table de quatre. J’arrive à comprendre que l’un d’eux, celui qui m’interpella plus tôt, est le shérif du village et qu’il est normal de se retrouver ici régulièrement dans la journée pour les locaux. Pour preuve, à chaque entrée d’une nouvelle personne, c’est la tournée des « bonjours » qui commence.

Les échanges se font en attrapant quelques mots, tantôt récupérés de l’anglais, tantôt par des gestes mais l’essentiel se transmet avec le regard : ce regard tellement profond qui montre que mon interlocuteur est totalement dans notre échange.

C’est à ce moment que les paroles de Sinem, l’une de nos hôtesse, prend tout son sens : Les Turcs ne regarde pas avec les yeux mais avec le cœur.

Cette phrase qui raisonne à chaque échange, de la rue à nos hôtes qui nous accueillent. Un naturel déconcertant pour nous aborder en toutes circonstances et surtout, l’envie profonde d’être bienveillant.